Pape Diouf : «Je n’ai à rougir de rien»

11/10/08 - Entretien

Suite et fin de l'entretien avec Pape Diouf publié par OM mag. Dans cette deuxième partie, il balaie des sujets aussi variés que son ancien métier d'agent, la ville de Marseille, Barack Obama, Soprano ou sa fonction de président de l'OM...

Après la fin de l’aventure du journal Le Sport qu’avez-vous fait ?
J’ai hésité longtemps pour la suite de ma carrière. Devais-je continuer dans la presse écrite ? J’avais des propositions pour intégrer les rédactions du Parisien, du Provençal, et de Nice Matin. Au même moment, deux hommes sont intervenus: Joseph-Antoine Bell et Basile Boli. Tous deux voulaient que je m’occupe de leur carrière. Je connaissais les principes et les grandes lignes du métier d’agent de joueurs. J’ai hésité, eu égard à la réputation de ce métier. Au final, j’ai pris la décision de le faire.

Qu’est-ce que cela vous a apporté ?
Il y a eu de belles rencontres, des moments de joie et beaucoup de moments de déception. Il y a eu des liens qui se sont tissés entre plusieurs joueurs et moi-même. Je pense à des garçons comme Marcel Desailly qui a été un grand seigneur envers moi. Je peux citer aussi Laurent Robert ou Bernard Lama. En faisant ce métier-là, j’ai rencontré les plus grands dirigeants d’Europe tels Peter Kenyon (Chelsea FC), Adriano Galliani (AC Milan) ou Sir Alex Ferguson (Manchester United).

Justement, vous inspirez-vous de ces grands dirigeants ? Sont-ils des exemples pour vous ?
Autant je ne veux pas que l’on me considère comme un exemple, autant je n’ai pas de référence. Ce sont des hommes que j’apprécie, car ils ont le sens de l’engagement et de la parole donnée. Ils incarnent les qualités que j’ai choisies moi-même de privilégier.

Aujourd’hui le statut de Marseille est plus conforme à son histoire

Votre société Mondial Promotion était basée à Marseille. Pour quelles raisons ?
Parce que Marseille est la ville que je connais le mieux, la ville où j’ai le plus longtemps vécu, où j’ai commencé à travailler et je crois tout simplement que c’est la cité que j’aime le plus.

Marseille est-elle votre ville ?
Forcément…

Le fait qu’elle soit très en “vogue” en ce moment, à travers le cinéma, la musique ou la télévision, vous fait-il plaisir ?
Cela renvoie à l’idée que Marseille doit retrouver une place centrale dans la vie du pays. Quand je suis arrivé, la ville pesait encore d’un point de vue économique avec un port très fort, ce n’était pas simplement une coquille vide. Il y a eu ensuite les années 80 qui ont vidé la ville de sa substance, à tout point de vue. Il y a eu un appauvrissement, avant de voir apparaître un réveil, culturel dans un premier temps. Aujourd’hui le statut de Marseille est plus conforme à son histoire !

Au niveau musical, Marseille est l’un des bastions du rap français. Vous avez fait une apparition très remarquée dans un des clips de Soprano…
C’est vrai, ce fut pour moi une expérience intéressante. L’entourage de Soprano me l’a demandé. J’ai immédiatement accepté. Ce jeune rappeur est bourré de talent, il s’est fort bien illustré sur le plan hexagonal et international. Ce fut un réel plaisir pour moi de répondre à sa demande. Ensuite, c’était aussi une manière de prouver que le sport et la musique pouvaient faire bon ménage. Soprano est un inconditionnel de l’OM… Il est normal que l’OM soit attentif à sa carrière.

L’OM jouit d’une excellente réputation en Afrique. Le club a décidé de développer son image sur ce continent. Allez-vous travailler en ce sens ?
Aujourd’hui, l’OM est connu en Afrique comme il est connu à Marseille. L’OM, c’est le club des Africains ! C’est le club dont rien n’échappe à la sagacité du supporter. Ce n’est pas pour rien si des associations de supporters marseillais se montrent très actives. Au sein de ces associations, les gens se retrouvent et suivent les matches des Olympiens. L’OM est un club « adoré » par ce continent. Ensuite, le fait qu’il y ait à sa tête un Africain en général et un Sénégalais en particulier, je pense que cela peut susciter de nouvelles vocations.

L’OM, c’est le club des Africains

Avez-vous un exemple en tête ?
Il y en a plusieurs, mais c’est vrai que depuis que je suis président du club, bon nombre de supporters du Paris SG ont retourné leurs vestes et sont désormais des fans de l’OM. Ce n’est pas pour me déplaire.

De grands clubs européens tels que Chelsea, l'AC Milan ou Manchester United effectuent de grandes tournées en Asie. L’OM peut-il en faire de même en Afrique ?
Nous pouvons l’envisager. Paradoxalement à ce que l’on sait sur sa popularité, l’OM est le seul des plus grands clubs français à ne jamais s’être rendu en Afrique noire. St-Étienne, Nantes, Bordeaux, Monaco, Lyon… tous ces clubs y sont déjà allés, au Sénégal notamment. Nous faisons donc logiquement l’objet d’une demande massive. On peut donc y penser légitimement. Mais contrairement aux clubs qui partent en Asie, nous ne devons pas envisager le problème de la même manière.

Pour quelles raisons ?
L’Asie est en pleine expansion d’un point de vue économique et commercial. Ce n’est pas encore le cas de l’Afrique. Ce n’est pas un terrain d’élections commerciales. Mais en terme d’image, c’est envisageable.

Le succès serait-il au rendez-vous ?
Aujourd’hui la situation est très claire. Le Stade de Dakar peut contenir 80 000 personnes les jours de grande affluence. L’un des rares clubs au monde qui serait capable de le remplir aisément, c’est l’OM. J’en suis intimement persuadé !

Pour les Africains, vous êtes un modèle. Pour les Français, vous êtes l’exemple d’une ascension sociale exceptionnelle. De quoi êtes-vous le plus fier ?
Franchement, je n’ai jamais aimé être un exemple. C’est bien trop dur à assumer. Je n’ai jamais été passionné par l’argent. Ce qui m’a le plus obnubilé est la réussite. Il est vrai que quand on connaît la réussite, il y a parfois l’argent qui va avec. Mais ce n’est pas mécanique ! J’ai connu bon nombre de réussites qui ne m’ont pas permis de gagner de l’argent. Mais j’en étais tout de même très fier. Quand je travaillais à La Marseillaise, je gagnais le Smic. Les prix que j’ai reçus m’ont pourtant comblé.

La fonction de président doit tout de même vous rendre fier…
Disons que je n’ai à rougir de rien. Il n’y a pas eu de relations amicales ou professionnelles pour lesquelles je n’ai eu à baisser les yeux. Il y a aussi une chose dont je suis fier : d’avoir été en face d’étudiants surdiplômés et d’avoir soutenu la comparaison avec eux.

Je ne connais pas un Obama français aux portes de l’Élysée…

Êtes-vous conscient d’avoir eu une vie assez atypique ?
Ce qui n’est pas banal dans mon parcours, c’est d’être parvenu en tant que « Noir » à être président de l’OM. Je suis une anomalie sympathique. Mon parcours, je le dois à un certain nombre de facteurs, dont le principal reste tout de même Robert Louis-Dreyfus. Il m’a fait confiance. Il a toujours eu beaucoup de considération et de respect pour moi. Ce qui est peu banal, c’est aussi d’avoir été un journaliste noir, un agent de joueurs noirs dans un milieu où il n’y en avait pas.

À ce niveau-là, on sent qu’il y a beaucoup de changements aujourd’hui. L’ascension de Barack Obama aux États-Unis en est la juste illustration…
Oui, mais il faut faire attention. De ce point de vue-là, la société américaine est bien plus prête que la société française. Je ne connais pas un Obama français aux portes de l’Élysée… Il faut du temps! Je vivrai jusqu’à ma mort sans connaître cela.

Son arrivée en Allemagne a tout de même suscité un engouement sans précédent…
Oui, mais Obama a eu un succès en Europe, car il en avait déjà aux États-Unis. C’est un peu comme Mandela en Afrique du Sud. Il a passé 27 ans de sa vie en prison, il a une histoire… Mandela aurait-il été Mandela en France ? Je ne le pense pas.
Pour finir, je souhaiterais faire référence à une pensée de Simone de Beauvoir qui disait que l’égalité absolue entre les hommes et les femmes aura lieu le jour où l’on nommera à un poste important une femme incompétente. Moi, je pense que l’égalité entre les Blancs et les Noirs aura lieu le jour où l’on nommera à un poste important un Noir incompétent !


A LIRE : "L'OM ne fait plus dans le folklore" (première partie)

Jérôme Andréacchio
Source : OM mag

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