En 2003, Fabio Celestini portait le brassard de capitaine de l’OM en entrant sur la pelouse du stade Bernabéu pour un match qui reste l’un de ses «meilleurs souvenirs».
Entre les entraînements et les matches de Liga avec Getafe, Fabio Celestini trouve le temps de suivre des études de directeur sportif à l’université. A 34 ans, il se «régale» avec le maillot du club de la banlieue madrilène malgré des résultats en dents de scie. Dans un an, il sera en fin de contrat et il prépare l’après football professionnel avec ce diplôme qui est «un plus pour pouvoir travailler dans un club».
Il s’investit également dans des actions humanitaires avec un Pro-am de golf et un match de gala à Malaga au profit de la fondation 4-4-2 qui a ouvert une école de foot pour des enfants issus de quartiers défavorisés. Dans cet emploi du temps surchargé, il a pris quelques minutes pour évoquer avec nous, dans un parc proche d'un quartier huppé de Madrid, le match Real-OM de 2003 et celui de mercredi.
Quel regard portes-tu sur cette équipe du Real Madrid ?
Quand on voit les joueurs qui sont venus cette année, on peut dire que l’équipe est magnifique surtout au niveau offensif. Ils ont un potentiel énorme. Même sans bien jouer, ils peuvent mettre, deux, trois ou quatre buts. On le voit d’ailleurs dans la Liga dans ces premières journées, ils ne jouent pas très bien mais avec Ronaldo, Kakà, Raùl, Benzema et d’autres, ils sont énormes. Sur le papier, ça fait rêver. Mais au niveau défensif, il y a moyen de faire quelques choses.
Penses-tu que le Real capable d’être autant dominateur que le FC Barcelone de la saison dernière ?
Non, parce que le Barça c’est un niveau au-dessus. C’est un style de jeu, une philosophie de club. Le Real ne montre pas autant de sérénité et ne domine pas autant ses adversaires. Barcelone, c’est 70% de possession de balle et c’est très compliqué de simplement effleurer le ballon contre eux. Le Real a un énorme potentiel mais ce n’est pas encore une équipe comme le Barça.
Comment faire pour mettre à mal cette équipe du Real ?
Il faut aller là-bas en croyant que l’on peut leur faire mal. Beaucoup d’équipes affrontent le Real en se disant « on verra bien ». Je pense qu’il faut croire que c’est possible. En 2003 avec l’OM, c’était notre état d’esprit. Nous avions ouvert le score avec Didier Drogba, nous étions sur le bon chemin, en train de faire douter les Zidane, Figo, Ronaldo, Beckham… Ensuite on a pris des buts mais on a toujours tenté de revenir. Il faut être costaud derrière tout en jouant à fond les coups en attaque. En marquant, on peut les faire douter. Cette année là, on manquait d’expérience. Le groupe n’était pas encore assez formé et nous n’étions pas conscients de notre potentiel. Quand on voit les joueurs présents cette année là, on aurait pu former une immense équipe deux ou trois ans plus tard. Mercredi, les joueurs de l’OM doivent être conscients de leurs qualités.
Entrer sur la pelouse de Bernabéu avec le maillot de l’OM et le brassard en Ligue des Champions, c’est fort !
Dimanche, l’OM a connu son premier coup d’arrêt de la saison avec une défaite à Valenciennes…
J’espère que c’est un accident. Je n’ai pas vu le match en entier mais seulement les buts… C’est un match qui intervient à quelques jours d’un déplacement au Real Madrid. Il y a peut-être un peu de déconcentration. C’est un point noir dans la saison mais ils ont un match magnifique pour rétablir ça. Les joueurs qui entreront sur le terrain du Real rêvent de ça depuis longtemps. Je l’ai vécu en tant que capitaine de l’OM. Entrer sur la pelouse de Bernabéu avec le maillot de l’OM et le brassard en Ligue des Champions, c’est fort et pourtant je l’ai fait plusieurs fois avec Getafe et Levante.
Ce match au Real ressemble à un match de la dernière chance tout de même pour obtenir un billet pour les huitièmes de finale…
Avec zéro point en deux matches, ce serait compliqué car il y a peu de rencontre en tout. D’autant plus que les deux premières rencontres sont contre les principaux rivaux pour les deux premières places. Il fallait battre Milan… Maintenant, il faut s’imposer à Bernabéu. En battant Milan au Vélodrome, l’OM aurait commencé du bon pied, maintenant il faut aller chercher des points sur des terrains difficiles comme au Real. Getafe qui n’est pas l’OM a gagné à Bernabéu. Donc si Getafe peut le faire, l’OM peut le faire. Avec Getafe, j’ai battu le Real, le Barça, il n’y a donc aucune raison que l’OM ne puisse pas le faire.
Heinze et Morientes vont revenir dans leur ancien club. Est-ce un plus pour un joueur au niveau de la motivation ?
C’est un plaisir avant tout mais en 15 ans de professionnalisme, j’ai tout vu : des gens qui ont joué le match de leur vie pour montrer qu’ils étaient toujours là et d’autres qui n’arrivent pas à se concentrer sur le match. Heinze n’est pas du genre à se laisser impressionner. De plus, vu comment il est parti du Real, il voudra montrer qu’il aurait mérité de rester. Morientes voudra prouver qu’il reste un bon attaquant.
Il manque un titre à l’OM pour faire peur.
Dans la presse, on ne parle pas beaucoup de l’OM. Est-ce une habitude de ne pas trop parler de l’adversaire ou bien la Ligue 1 ne fait-elle pas peur ?
Ici, la Ligue 1 ne fait pas peur. A part les gros clubs anglais, l’Inter, le Milan, le Bayern, le reste n’existe pas. Par rapport au championnat de France, l’OM est le club le plus respecté. Mais par rapport aux résultats de l’équipe, cela fait longtemps qu’elle n’a rien gagné. Il y a eu une finale de coupe Uefa, des finales de coupe de France, le titre de l’an passé s’est joué à rien à la fin mais il manque un titre pour faire peur.
Quels souvenirs gardes-tu du match de l’OM à Santiago Bernabéu en 2003 ?
Après coup cela reste un immense souvenir. Cela a été sur le moment une grande désillusion mais je viens d’un petit village suisse de 40.000 habitants et si on m’avait dit qu’un jour je viendrais à Bernabéu en tant que capitaine de l’OM, je ne l’aurais pas cru. Aujourd’hui, être entré avec le brassard de l’OM dans un des plus beaux stades du monde, c’est incroyable. Je laisse de côté les buts et le résultat car tout ce que j’ai pu vivre était exceptionnel. Je reste un peu déçu du résultat et du fait qu’à partir de cette rencontre, des choses ont changé dans le groupe. Par la suite, ce match a laissé un goût amer mais c’est l’un de mes meilleurs souvenirs de ma carrière.
Liverpool, l’Inter, Newcastle, les supporters de l’OM s’en rappellent et j’ai la chair de poule en y repensant.
En tant que capitaine, comment aborde-t-on un tel match et quel est la teneur du discours avant un tel rendez-vous contre ces grands joueurs ?
Je me suis retrouvé capitaine de l’OM par ma manière d’être mais je n’étais pas voué à être capitaine. Je jouais en troisième division en Suisse, puis en première division suisse puis en France et j’ai grandi avec ça mais je n’ai jamais appris à être capitaine d’un grand club qui joue la Champions League. J’ai essayé de trouver les mots justes mais j’ai eu du mal à me canaliser dans le match car il y a tellement de choses autour. Il y avait aussi beaucoup d’attentes de la part des supporters de l’OM qui ont fait plus de bruit à Bernabéu que les 70.000 fans du Real. Ils attendaient tellement de nous que parfois c’est difficile à gérer.
Tout cela, je l’ai appris après en venant ici en Espagne. J’aurais bien aimé avoir cette expérience à l’OM. Le club a grandi, il a frôlé le titre l’an passé. Il faut aborder le match en se disant qu’il faut profiter. Certes, on peut en prendre quatre mais il faut jouer car dans le cas contraire, c’est sur et certain, on va en prendre quatre ! Si on joue à fond, sérieusement, concentré et en pensant que l’on peut leur faire mal, on va peut-être perdre mais on peut aussi créer la surprise et au moins il n’y aura pas de regret.
C’est ce qu’avait fait l’OM en 2003 et malgré tout Marseille avait perdu et comme tu l’as dit les conséquences du match ont été difficiles…
Le ressort s’est cassé car Alain Perrin avait été très impulsif et mécontent de beaucoup de choses. Cela avait eu énormément de répercussions. Mais peut-être que ce match a permis d’éliminer Liverpool, l’Inter et Newcastle en coupe Uefa la même année. On a été en finale de l’Uefa en éliminant de grands clubs qui étaient au top. Ces moments-là, les supporters de l’OM s’en rappellent et j’ai la chair de poule en y repensant. Le match contre le Real est un point négatif mais il nous a permis d’aller loin par la suite. L’OM a appris lors de cette défaite. L’OM a des valeurs qui lui permettent de toujours être en mesure de faire un résultat.























