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«On prendra le temps pour un attaquant» (2/2)

José Anigo nous a reçu dans le bâtiment sportif des Olympiens pour une longue interview. S'il s'exprime peu habituellement dans les médias, le directeur sportif a balayé pour nous l'actualité du club. Dans cette deuxième partie, il sera beaucoup question de mercato mais aussi des Bleus.

Sur le marché franco-français, on a l’impression que les prix enflent très vite, on peut par exemple penser à un joueur comme Gignac ?
Ce devient un peu fou en France et même inaccessible concernant certains joueurs alors que le marché à l’étranger reste raisonnable. Il faudrait que les clubs français reviennent à la raison. Quand on vient nous voir nous pour acheter nos joueurs, dès qu’on fixe un prix, on nous dit que c’est trop haut. Par contre, quand nous allons acheter, les prix sont multipliés par deux ou trois, et ça paraît normal pour tout le monde. Prenons Gignac, c’est effectivement un bon joueur mais le prix demandé n’est pas celui du joueur. Ce n’est donc pas réalisable.

Dans ces cas-là, quand le marché est calme, l’idée c’est aussi de prolonger les joueurs en place, et on pense à Taiwo, Kaboré ou Valbuena…
Valbuena a un contrat, il a l’identité club et il n’a pas envie de partir. Pour Kaboré, c’est déjà engagé et ça devrait se finaliser. Pour André Ayew, on attend de le voir revenir pour discuter avec lui. Il a passé une année à Avignon, il a peut-être eu l’impression de ne pas avoir été suivi alors que ce n’est pas vrai. On l’a vu plusieurs fois et s’il était resté à l’OM, il n’aurait pas eu ce temps de jeu. Ca lui a permis de progresser et c’est comme ça qu’il faut voir les choses. Aujourd’hui, il revient dans le groupe car l’entraîneur le veut et le club doit faire en sorte de le prolonger. Mais pas à n’importe quelles conditions car c’est un jeune joueur. Pour Taiwo, c’est un peu plus compliqué. Il a de vraies offres de clubs étrangers, il lui reste un an de contrat et l’entraîneur veut le garder. Soit on le prolonge, soit il partira libre mais dans la tête de Taye comme de ses agents, la prolongation n’est pas envisageable aujourd’hui.

"Pour Taiwo, c’est un peu plus compliqué"

Pour revenir à André Ayew, il a été formé à l’OM mais êtes-vous étonné par sa progression cette saison et notamment par sa belle Coupe du Monde ? La première fois où j’ai vu André, il était au centre de formation et il avait 16 ans. J’ai tout de suite dit à Pape (Diouf) : «Il faut le faire signer pro, on a un super joueur». Son parcours a montré qu’on avait raison. Sa progression continue car elle se fait de manière intelligente grâce à son entourage, ses agents, son père ou sa mère… Ca lui permet de faire de bons choix. En étant quart de finaliste du Mondial, champion du Monde des U20, une star dans son pays, il faut qu’il ait une place importante dans notre club. Il doit s’en convaincre mais il y a des étapes dans une carrière et financièrement, c’est la même chose. On franchit des paliers au fur et à mesure.

L’exemple d’André Ayew peut être le bon en matière de formation, un prêt et une réelle progression à son retour, ça peut être le cas pour d’autres ?
Il y en a déjà. Leyti N’Diaye a été l’un des meilleurs défenseurs centraux de L2 la saison passée avec Ajaccio. Il revient et je pense que ça peut être tout bénef’ pour lui et il peut avoir du temps de jeu cette saison. Comme André, il a atteint un certain niveau, une maturité et il a une chance à jouer chez nous. Mais en matière de formation, on ne peut pas toujours taper dans le mille. Il n’y aura pas dix gamins qui accéderont aux pros car c’est dur mais il y en aura encore d’autres et il faut continuer.

Pour finir sur le mercato, est-ce que vous pouvez rassurer les supporters et nous dire que ça va bientôt bouger ?
On a parlé d’Alou Diarra et c’est clairement le dossier qui est l’une des priorités de l’entraîneur et du club. Ca se fera si financièrement tout le monde est ok. Ensuite, on prendra le temps de faire venir l’attaquant qu’il faudra. Des dizaines de noms arriveront dans la presse et de tout ce que je lis, il y en a peu ou pas qui sont vrais.

"Ce qui s’est passé avec l’équipe de France a fait beaucoup de dégâts dans le football français"

Un mot sur l’Espagne championne du Monde, vous avez des origines espagnoles, comment avez-vous vécu ce sacre ?
C’est même plus que des origines puisque mes parents sont natifs d’une petite ville du Sud de l’Espagne. Je crois que ça a fait plaisir à tous les Espagnols de France et d’ailleurs. C’est pour moi la récompense d’un pays qui a su donner des valeurs à son équipe nationale. Elle se fait plaisir, elle a un projet de jeu et c’est selon moi la meilleure équipe qui a gagné la Coupe du Monde. C’est une vraie récompense  pour ce pays qui est une vraie nation de football. Et ce sont de vrais patriotes, ce qu’on trouve peu en France. On a tout lu, tout entendu sur les Bleus mais je pense que pour en arriver là, c’est que l’amour pour le maillot bleu a été peu montré par les joueurs. Ils se sont peu identifiés à leur nation et c’est dommage. Ce qui s’est passé avec l’équipe de France a fait beaucoup de dégâts dans le football français amateur et pro. En termes d’images c’est catastrophique et ce sera dur à rectifier. Mais je pense qu’avec Laurent Blanc, cette équipe va retrouver des couleurs et redonner du plaisir et de la fierté aux Français. Car on en a bien besoin.

Vous qui avez l’habitude dans votre métier de voir évoluer un groupe, est-ce que ça vous a choqué ce qui s’est passé en Afrique du Sud ?
J’ai suivi ça de loin mais j’ai un peu eu Mathieu (Valbuena) au téléphone. Ce qui m’a choqué c’est que ce groupe n’a jamais eu de guide. Et je ne parle pas que de l’entraîneur mais des joueurs, de l’encadrement, du président, des managers… Personne n’était là pour dire stop quand il le fallait et c’est parti dans tous les sens. Il n’y avait plus de contrôle et ça devient dangereux dans ces cas-là. Ca m’a fait beaucoup de peine car je suis d’origine espagnole mais je suis avant tout français, je vis ici, je suis né ici. Ca me gêne donc de voir que ce qui a été fait en 98 et qui a permis au foot français d’être reconnu à l’étranger a disparu. 
Et quand on va parler transferts avec des équipes anglaises ou italiennes, il en ressort que les joueurs français ont perdu beaucoup de crédibilité. Ca pénalise les clubs et les joueurs.

Dans votre métier, on découvre encore des joueurs dans une Coupe du Monde ou vous les connaissiez déjà tous au final ?
A ce niveau-là, on les connaît quasiment tous dans tous les continents. Pour prendre l’exemple d’équipes qui ont surpris comme le Mexique, ou le Chili, on les connaît car la cellule de recrutement ou moi-même, nous rendons fréquemment en Amérique du Sud. On a les contacts et, dès qu’il y a un bon joueur, on va le voir. 
Mais il faut faire attention car des joueurs se subliment dans une Coupe du Monde, il faut ensuite les voir dans leurs clubs avec un autre niveau. Il y a beaucoup plus de risques en allant chercher à l’étranger plutôt qu’un Français. Ce doit être la priorité à qualité égale.

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Emmanuel Jean

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