Pour cette neuvième chronique, au lendemain de l'élimination des Bleus à l'Euro 2012, Dominique Grimault a choisi d'écrire une lettre à Mathieu Valbuena. Le joueur de l'OM, retenu avec l'équipe de France, n'a pas joué la moindre seconde durant ce tournoi européen.
Où seras-tu lorsque cette lettre sera publiée sur notre site préféré ? En vacances, certainement. Qu’elles te soient bonnes et heureuses. Tu sais, c’est fou comme on a pensé à toi ces dernières heures. On te revoit le jour où Laurent Blanc a annoncé sa liste des pré-sélectionnés pour l’Euro. Ton visage était irradié de bonheur, tu avais l'œil qui frisait, et l’on avait reparlé de ton bouquin intitulé : « Le parcours du combattant » dans lequel tu dis et redis combien de batailles, il t’a fallu livrer pour parvenir au niveau qui est le tien aujourd’hui. C’était le mois de mai encore, et Loïc (Rémy) voulait encore croire que sa blessure ne serait pas un obstacle insurmontable. On sait ce qu’il est advenu pour lui. Il serait forfait, mais toi, non.
Dans le groupe définitif, tu serais et tu montrerais à la face du monde, non, n’exagérons pas, à la face du football français, ta détermination, ton envie, ta manière de te dépasser et d’oublier tous ces sifflets qui, triste habitude, descendent des tribunes dans trop de stades en France dès lors que tu y apparais avec tes mollets de coq, et ton attitude de petit guerrier, menton relevé, épaules remontées. Je m’appelle Valbuena, je suis mal taillé, je ne suis pas un prototype du joueur dit moderne, mais je me défonce sur un terrain comme les grands anciens quand ceux-ci, qui, à l’école, avaient appris l’instruction civique, la morale et la conduite- des matières premières - gagnaient mensuellement à peu près cinq fois le SMIC, on disait SMIG à l’époque.
On ne dit pas ici, cher Mathieu, que tu as une pleine conscience de l’argent que ton métier te rapporte, on prétend simplement que toi, au moins, tu ne le voles pas eu égard aux efforts que tu déploies sur un terrain et à ton refus maladif de la défaite. Avec l’OM cette dernière saison, on t’a vu souvent en colère et il y avait de quoi !
Bref, tu étais aux anges avant cet Euro qui, pour toi, serait prétexte à une espèce de revanche. Un match est passé, puis deux, puis trois. A l’issue de la piteuse sortie des Bleus face à la Suède du grand Zlatan qui a planté un but magistral, on s’était dit que ton heure viendrait, fatalement, que Laurent Blanc serait bien obligé de tenir compte des attitudes de ses joueurs et pas seulement de leur supposé talent individuel et du club que chacun représentait. Mais non. Il a préféré faire confiance à d’autres que toi, qui pourtant avaient précédemment trahi la sienne (sa confiance).
Choix bizarre, étonnant, voire déstabilisant de la part d’un homme sensé représenter l’autorité et l’expérience du haut niveau. On ne citera pas de noms, ils n’en valent pas la peine, eux aussi sont depuis partis en vacances avec, semble-t-il, le sentiment du devoir accompli. Tu parles !
A l’issue de ce match minable joué, ou plutôt donné aux Espagnols, on sait que tu es passé dans la zone mixte, là où tous les journalistes sont regroupés, micros tendus, attention décuplée, que tu as failli t’arrêter et que dans ta barbe de deux jours tu as ruminé un truc genre : « Je ne vais rien dire… Ou sinon je dirais des conneries ! ». Mais tu sais que ça vaut mieux qu’un discours.
Dans cette réaction, il y a toute l’explication d’un échec, d’une morale bafouée, d’un esprit envolé, d’un collectif qui n’a jamais existé, d’une équipe qui n’en était pas une. Pas de chance pour toi, tu auras connu Knysna, et l’affaire qu’on sait, qui continue à nous faire honte, et aujourd’hui tu rentres d’Ukraine sans avoir joué une seule seconde. Pas sûr au fond qu’il faille t’en plaindre. A vite.






















