Actuellement en stage avec l’équipe à Crans Montana, André-Pierre Gignac a donné une interview exclusive aux medias OM dans l’hôtel des joueurs. Très motivé avant cette nouvelle saison, il n’a éludé aucun sujet et s’est longuement livré.
André-Pierre, pour commencer, comment se passe pour toi ce stage à Crans Montana ?
Très bien. Ca fait maintenant dix jours qu’on travaille bien. On a de grosses séances mais c’est important pour être régulier tout au long de l’année. Ca fait trois ans que je n’ai pas eu la chance de faire une préparation entière et j’espère que cette année, ça va être le cas.
C’est si important d’effectuer toute la préparation selon toi ?
Si on rate la pré-saison, qu’on ne fait pas la préparation entièrement, on a plusieurs coups de moins bien ensuite selon moi. En se préparant normalement, on est plus réguliers, même si on peut avoir quelques baisses de régime. C’est donc indispensable.
Tu as bien terminé la saison dernière, abordes-tu la nouvelle saison dans le même état d’esprit, dans la continuité ?
Forcément, j’ai toujours envie de jouer pour apporter à l’équipe et aux coéquipiers. L’année dernière, j’ai vécu une saison difficile. J’ai eu deux opérations, je n’ai pas fait de préparation, j’étais carbonisé physiquement mais j’ai quand même eu l’occasion de jouer quelques matches d’affilée en fin de saison. La confiance revenait, le physique était mieux et je suis bien évidemment dans le même état d’esprit que durant cette fin de saison.
C’est une horreur d’être sur le carreau presque toute une saison
Le but que tu as marqué contre Auxerre est arrivé à un moment où l’OM ne jouait plus rien mais pour un buteur est-ce que c’est important de se dire, «C’est bon, j’ai marqué» ?
Non. J’aurais préféré faire plus que ça l’année dernière. Mais ça a été difficile avec toutes ces blessures, j’ai mal récupéré et j’ai eu des adhérences qui ont pété… C’était le processus postopératoire normal et il fallait passer par là. En fin de saison, les sensations sont revenues avec l’enchaînement des efforts qui sont différents en match plutôt qu’à l’entraînement et ce but a certes été important pour ne pas rester sur un score vierge en championnat mais il est anecdotique. Marquer pour un buteur, c’est sa vie. J’aurais aimé que ce soit plus souvent le cas l’année dernière mais je n’en ai pas trop eu l’occasion.
Vivre une saison aussi difficile, avec autant de blessures, est-ce qu’on on retire quelque chose, est-ce que ça renforce ?
C’est sûr et certain. Je me suis relevé de pas mal d’opérations, c’était déjà le cas plus jeune à la cheville et j’ai eu du mal à revenir. J’ai été prêté à Pau, Christian Gourcuff m’a fait revenir et j’ai explosé en Ligue 1, si on peut dire, à ce moment-là. Tout ça vous renforce mentalement. C’est une horreur d’être sur le carreau presque toute une saison, s’entraîner à part, voir les coéquipiers prendre du plaisir et gagner… Ca met la rage. Alors forcément, on en ressort plus grand mentalement.
Tu as beaucoup souffert ?
Enormément…
On revient à aujourd’hui, on te sent particulièrement impliqué dans ce stage ?
Je l’ai toujours été, j’ai toujours eu ça en moi. J’ai une envie et une rage de vaincre. Cette fois, c’est ma première préparation complète en trois ans, elle est hyper importante et je sais que c’est ma dernière chance. J’ai envie de tout donner et tout montrer. Ces deux saisons ont été difficiles sur le plan sportif avec les blessures et les mauvaises performances. Même si j’ai eu un coup de mieux en janvier 2011, ce qui m’intéresse c’est de le faire sur toute une saison et pas par à-coups. Je sais que j’ai beaucoup à prouver et à me faire pardonner. L’OM a fait des efforts pour me recruter, à moi de prouver et leur rendre la monnaie de la pièce.
Au sein du groupe, tu es un peu «chef de bande», est-ce que tu as envie de t’impliquer encore plus dans ce rôle ?
(Sourires) Je ne sais pas si je suis chef de bande mais j’aime bien chambrer et rigoler. On a un super groupe, les jeunes s’intègrent. On essaie de les mettre au mieux sur le terrain et en dehors. Je parle beaucoup, c’est un peu mon tempérament.
Tu connais bien le club et son contexte, est-ce que tu as justement envie de transmettre ton expérience aux jeunes ?
Je parle beaucoup avec certains jeunes car ils ont beaucoup de qualités. C’est à eux de s’impliquer et de prouver qu’ils peuvent rester dans le groupe pro. Et c’est aux «plus anciens» de les aider et les guider. C’est sympa, ils ont la chance d’être à l’OM, j’ai la chance d’être à l’OM alors à nous de montrer qu’on est fier de porter ce maillot et qu’on en est capable.
Mon challenge est de prouver que je suis toujours le buteur que j’ai été
Les dirigeants parlent de saison de la reconquête, est-ce que c’est un défi qui te plait, est-ce que ça peut aussi être un défi personnel pour toi ?
J’ai déjà mon challenge à moi qui est de prouver que je suis toujours le buteur que j’ai été. On a ensuite un challenge collectif car cette dixième place est honteuse, il faut dire ce qui est. C’est une honte quand on est à l’Olympique de Marseille de finir à cette place. On en est conscient. On n’a pas fait tout ce qu’il fallait. Notre parcours en Champions League a été bon, on a mal démarré en championnat, on a fait trois bons mois avant de redescendre en flèche… Quand on est à l’OM, on n’a pas le droit à ce genre de choses. On se doit d’être régulier, d’être dans les trois premiers chaque année car on est un club de légende, parce qu’il y a ces supporters qui sont très importants, parce que c’est le club le plus populaire en France, qu’il est aimé partout et parce que nous aussi on l’aime. Moi le premier car je suis de la région et j’ai baigné dedans. C’est donc très important de faire une grosse saison. En championnat, en Europa League, dans les coupes, il faut qu’on soit présent même si le plus important reste le championnat où on doit effacer cette terrible désillusion de l’an passé et cette dixième place qui est honteuse pour moi. Ce n’est pas notre place et elle ne reflète pas la qualité de l’effectif, on doit donc se bouger pour prouver qu’on est des joueurs de l’OM.
Pour la première fois depuis longtemps, l’OM est un peu challenger cette année, est-ce que ça peut lever un peu de pression ?
La pression est toujours là à Marseille, il est impossible de l’enlever. C’est ce qui fait aussi le charme de ce club. La pression, on la vit au quotidien.
Pour parler du jeu, on t’a vu dans une attaque à deux avec Loïc (Remy) en deuxième mi-temps contre Sion dimanche, est-ce que ce schéma te plait ?
J’ai été formé en 4-4-2. Tout le monde connaît l’école de Christian Gourcuff, tout le monde sait que c’est un fin technicien et que Lorient a des résultats grâce à ce jeu. Mais que ce soit à deux attaquants ou à un seul comme j’ai pu le faire à Toulouse, c’est le coach qui décidera. Mais l’attaque à deux, ça me plait, surtout avec Lolo (Remy), ça va à 10.000, il prend les espaces, je peux garder le ballon… Beaucoup de choses peuvent être faites mais le coach décidera et je suis paré pour toute tactique.
Début 2011, c’est le moment où tu jouais dans une attaque à deux avec Brandao et tu as flambé…
J’étais un peu décalé sur le côté et ça ressemblait quand même au 4-3-3 que Didier Deschamps avait mis en place. J’avais un peu plus de liberté et Brandao s’occupait des deux centraux. Je tournais autour, j’arrivais à rentrer, à être devant le but, c’était un bon choix puisque j’avais marqué pas mal de buts avant ma blessure contre Saint-Etienne (5 buts en 5 matches). Mais quelque soit le système, le plus important c’est d’être sur le terrain, de mouiller le maillot et de s’arracher pour les coéquipiers. Cette année, on a un devoir de performance pour les supporters, pour le club et ses employés car l’OM est aimé par beaucoup de monde.
As-tu discuté avec le nouveau coach Elie Baup de ton rôle, de ton positionnement pour la saison ?
Non mais je le connais bien. Je sais un peu ce qu’il pense. C’est lui qui m’avait recruté à Toulouse (en 2007) mais pour l’équilibre de l’équipe j’avais surtout été la doublure d’Elmander cette saison-là. Il faut dire qu’Elmander avait fait le nécessaire pour jouer tous les matches ! J’étais jeune, j’avais 21 ans et ça fait 5 ans. Dès le premier jour avec Elie, on s’est parlé, on a eu le bon feeling, on a eu le sourire… Tout le monde nous sort «Gignac est en embrouille avec Elie Baup par rapport à sa saison à Toulouse» mais non, pas du tout. J’ai déjà eu l’occasion de le dire, il n’y a pas d’embrouilles avec Elie Baup. Au contraire, ça se passe super bien et je pense qu’on définira les rôles quand les internationaux reviendront. Je suis en tout cas paré pour cette saison, j’ai une grosse envie de prouver et une grosse détermination.
Avec la confiance et le rythme retrouvé avec la préparation, je peux enquiller quelques pions…
Sur les premiers entraînements, on voit pas mal de jeu, est-ce que ça te convient ?
Oui, il y a du jeu, de la tactique mais il y a aussi du physique. Le coach n’hésite pas à arrêter les exercices quand des choses ne vont pas et c’est très bien.
Il y a aussi un cadre disciplinaire peut-être plus renforcé, c’est nécessaire selon toi pour un groupe de footballeurs ?
Oui. C’est nécessaire sinon ça part dans tous les sens, on se relâche et, ça, c’est interdit. La rigueur est très importante et, franchement, ça se passe très bien. Tout le monde respecte les consignes, les anciens ou les plus jeunes. Les internationaux vont arriver et quand le groupe sera au complet, on continuera à travailler dans le bon sens.
T’es-tu fixé un nombre de buts à marquer pour la saison prochaine ?
Pas du tout. Ce serait déjà se mettre une pression supplémentaire, ce serait penser trop au but et ça me ferait certainement déjouer comme ça a pu parfois être le cas les saisons précédentes. Je souhaite juste avoir du temps de jeu, être performant et je pense qu’avec la confiance et le rythme retrouvé avec la préparation, je peux enquiller quelques pions…
Tu as hâte que la compétition commence…
Oui vraiment. Pour l’instant, c’est une période difficile car on bosse beaucoup mais si on fait tout ça, c’est pour la compétition. On est tous compétiteurs dans l’âme et ce sera très important de démarrer du bon pied.
Pour finir, as-tu un message à livrer aux supporters et à tous les amoureux du club pour la saison qui s’annonce ?
Qu’ils sachent que je suis autant amoureux du club qu’eux. Ils ont été difficiles avec moi mais il y avait une raison et elle était évidente, que ce soit par les blessures ou les contre-performances. J’aimerais qu’ils sachent aussi que j’ai toujours eu un état d’esprit positif et que j’ai toujours autant envie de réussir sous cette tunique parce que je l’aime, parce que c’est celle de mon enfance. Je sais que c’est plus dur pour les Marseillais de réussir au Vélodrome mais c’est ma dernière chance. Qu’ils me la laissent, qu’ils me la donnent en étant derrière moi. Et je vais leur rendre car j’en ai besoin, car ils en ont besoin et car cette saison est charnière que ce soit pour eux comme pour moi. Voilà, qu’ils me laissent cette chance de me retrouver après pas mal de blessures et je pense que je leur rendrais «fois dix».
















