Caroline Pizzala, l’expérience discrète

02 sep 2014
Par 
T.M.
Photos © 
Meryll Vian / OM.net 2014
Arrivée cet été au sein de l’effectif D2 de l’OM, la Marseillaise enrichit au quotidien le potentiel du football féminin au club. En toute humilité. Découverte…

Elle est arrivée en toute discrétion, habillée d’humilité. En cette fin d’après-midi, le soleil berçait encore les derniers jours de juillet. Dans le premier regard, un sourire naturel, la simplicité d’une poignée de mains. Dans ses yeux, la satisfaction d’être transportée dans l’univers olympien, un rêve caressé depuis sa tendre enfance.
Dans la salle de réunion, à côté des autres filles, Caroline Pizzala s’est installée près d’un mur, au bout d’une rangée. Elle a écouté le discours de bienvenue de Christophe Parra. Elle s’est présentée. Comme les autres recrues. Simplement.
Sans en rajouter. Elle aurait pu mettre en avant ses 149 matches de D1, les 4 de Ligue des champions, ses 26 sélections en équipe de France dont 17 chez les A. Elle aurait pu encore étaler sa carte de visite avec sa licence STAPS et son BPJEPS (Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l'Education Populaire et du Sport).
Il n’en a rien été.
Pas la peine d’en rajouter. A cette heure-là, avant de toucher le premier ballon du premier entraînement, sa présence apporte déjà un premier réconfort dans la construction de la saison.

Marseille, c'est un choix de vie

La présence de Caroline Pizzala à l’OM ne se limite pas à un simple projet sportif. C’est d’abord une histoire, son histoire, le besoin de revenir aux sources de son enfance, de se rapprocher de sa famille, après sept années passées dans la capitale.  « Les années passent, les gens vieillissent. Marseille, c’est un choix de vie, la nécessité de me retrouver dans ma région, ma ville. J’ai besoin d’être entourée, d’être proche aussi des gens que j’aime. » Elle a refusé des offres de D1 pour s’inscrire dans l’aventure olympienne : « Je ne me sentais pas de réinvestir deux années dans une ville inconnue, dit Caroline. En quittant Paris, un seul choix s’imposait : Marseille. »
Marseille où son histoire s’est éveillée. Sous les tours du Roy d’Espagne, dans les quartiers Sud de la ville, elle prend sa première licence à Marseille Sud. Pourquoi le foot ? « Pourquoi pas le hand ? Le tennis ? Je ne sais pas. Un peu à cause de mon père, s’amuse-t-elle, même s’il ne m’a pas poussée. A l’époque, il jouait à Mazargues et Montredon-Bonneveine. Il m’emmenait aussi au stade Vélodrome. Ma mère aurait bien aimé me voir m’épanouir dans une autre activité, mais je n’ai pas eu de refus quand j’ai voulu chausser les crampons. »
Les années s’écoulent, l’heure des premières décisions arrivent. A 18 ans, alors en D2, le Celtic Marseille est rétrogradé. Membre de l’équipe de France U19, la DTN lui passe un message : pour rester chez les Bleus, autant jouer en D1.
D’abord en partance pour Montpellier, elle se retrouve finalement au PSG. Un long bail de sept années. « Chaque saison était bénéfique. Sportivement, financièrement. La qualité de vie s’améliorait, l’environnement sportif était bonifié. » Elle signe finalement un premier contrat professionnel. L’arrivée des Qataris impulse un nouveau tempo : plus de contraintes, un planning de joueur de haut niveau, une vie entièrement vouée au football, un confort au quotidien. A l’approche du terme de son contrat, elle se pose des questions sur cette échéance : « J’ai préféré être plus négative que positive pour ne pas m’imaginer un eldorado. » La main n’a pas été tendue. Elle ne regrette rien. Par un tweet, le PSG l’a remercié pour son investissement et lui a souhaité bonne chance. Joli geste.

Avec les années, j'ai appris à aller vers les gens

Sur la pointe des pieds, elle découvre l’OM. Plus jeune, elle a tapé plusieurs fois à la porte du club pour en porter les couleurs. Elle est toujours restée fermée. La mixité n’était pas la politique du club. Sa patience est aujourd’hui récompensée : « Je suis agréablement surprise par le staff, l’équipe. Je ne m’attendais pas à ce niveau-là, observe-t-elle. En arrivant, j’y ai mis du mien, mais les filles m’ont ouvert les bras, comme aux autres nouvelles. Ce relationnel est peut-être plus aisé dans le Sud. »
On la sent à l’aise, toujours prête à participer à une discussion : « Avec les années, j’ai appris à aller vers les gens, ce n’était pas ma nature première. A être sociable, en somme. En arrivant, je n’ai pas voulu me mettre trop en retrait non plus, cela aurait pu être mal perçu. Je ne voulais pas donner l’image d’une fille confortée par les certitudes de ses années passées. Je n’avais non plus envie de trop en faire pour ne pas perturber les habitudes. Il est toujours difficile d’arriver dans la vie d’un groupe dont l’année précédente a été exceptionnelle. Avant les mots, j’essaie d’apporter sportivement. Je ne me permettrais pas d’exprimer sur le plan humain une quelconque remarque. »
Il sera nécessaire de se nourrir au quotidien de l’expérience de cette passionnée de sport, toujours partante pour une balade en VTT ou un tennis. L’absence de partage l’insupporte. Le savoir est une richesse. Il se communique, se transmet. Autant en profiter…