Imbula, le feu sous la glace

28 nov 2013
Par 
Karim Haddouche
Photos © 
Yannick Parienti / OM.net 2013
Derrière sa jeunesse se cache un garçon précoce, intrigant. Chaque jour, on perce un peu mieux son tempérament. Giannelli Imbula s'ouvre peu. C'est son caractère. Rencontre avec l'enfant d'Argenteuil...

«Un extraterrestre !», «Un diamant brut !», «Un joueur exceptionnel !»
Les entraîneurs l’ayant eu sous leur coup, ceux l’ayant affronté ne tarissent pas d’éloges sur Giannelli Imbula. Ses premiers pas balle au pied, il les fait en bas de l’immeuble avec les amis, dans le quartier Poirier-Fourrier, au nord de la gare du Val d’Argenteuil.
Très vite, le natif de Velvorde tape dans l’œil du club de la ville, dont les couleurs, signe du destin, sont le bleu et blanc. Un talent si précoce pousse les dirigeants à user d’un stratagème pour lui permettre de jouer avec eux. «J’avais 4 ans et demi. J’ai alors joué sous la licence d’un autre joueur plus âgé.»

Il y avait des contacts avancés avec les Blues. Mais je ne me voyais pas aller là-bas. Puis, pour y faire quoi ?

Surclassé, Giannelli, Gilbert de son vrai prénom, le sera tout au long de son parcours. Y compris à Guingamp dont il intègre le centre de formation après un passage infructueux au PSG. «Les frères de certains gars avec lesquels je jouais au Racing Colombes avaient des contacts à Guingamp. J’y ai effectué un test. Il a été concluant.»
L’histoire accélère. A 17 ans 1 mois et 4 jours, il effectue ses premiers pas en Ligue2. Il est le plus jeune joueur à avoir évolué à ce niveau. «Le fait de travailler avec des joueurs plus âgés m’a fait progresser, je me sentais franchir un palier. Tout a été très vite.» Une progression permanente récompensée à l’issue de la saison 2012-2013 par le titre de meilleur joueur de Ligue 2 décerné par ses pairs. Là, les propositions et pas des moindres se bousculent pour celui que certains promettent déjà à un brillant avenir. Les noms de Chelsea et de l’Atletico reviennent constamment. Il choisira l’OM. «Effectivement, il y avait des contacts avancés avec les Blues. Mais je ne me voyais pas aller là-bas. Puis, pour y faire quoi ? Honnêtement, ça me semblait prématuré. A ce stade de ma carrière, l’OM me paraissait être le meilleur club pour moi.»

Entre l’OM et Giannelli Imbula, c’est le coup de foudre, lors d’un 32e de finale de coupe de France disputé au Vélodrome. Un stade et un public uniques en leur genre à en croire le jeune milieu de terrain. «A mon arrivée à Marseille, je suis tombé sous le charme du stade Vélodrome et de ses supporters. Je n’ai jamais vu meilleure ambiance. On m’avait beaucoup parlé du Signal Iduna Park de Dormtund avec son fameux mur jaune… Personnellement, ça ne m’a pas impressionné. Rien ne vaut notre stade et notre public.» Le stade Vélodrome, justement, se soulève comme un seul homme un soir de septembre face à Saint-Etienne pour son premier but en Ligue1. «C’est un moment important de ma carrière. J’espère en revivre encore beaucoup de cette intensité. Un tas d’émotions m’ont traversé à cet instant. J’étais très ému. Ce but là restera comme un but spécial : ce soir-là, il nous donne la victoire.»

Avant d’être en concurrence avec d’autres joueurs, je suis en concurrence avec moi-même.

Son début de saison tonitruant rime avec les bons résultats de l’OM, jusqu’à une période de «moins bien» pleinement assumée par le joueur. «J'ai fait de bons débuts. Je me suis vite adapté. Derrière, j’ai connu un coup de moins bien. Ça arrive. Ça s’est ressenti dans mes prestations… Je tire un bilan mitigé de mon début de saison. Je reconnais avoir été moins bon dans certains matches. Mon remplacement est justifié. J’accepte pleinement la concurrence. Elle est saine. Mais avant d’être en concurrence avec d’autres joueurs, je suis en concurrence avec moi-même.»

Une remise en question de chaque instant permet au numéro 25, en mémoire de son grand frère Olivier disparu prématurément, de toujours viser à s’améliorer. «Je dois progresser dans le travail défensif et à la récupération, même si je ne serai jamais Edgar Davids. Je n’ai pas ce profil-là. Mais ces arguments doivent faire partie de la palette du milieu de terrain.» Des arguments, le Congolais naturalisé français en 2013 n’en manque pas. Sa grande taille, sa tonicité, sa capacité d’élimination, son jeu de passe, sa qualité de frappe : «J’ai une bonne frappe. Je dois plus oser. Je dois surtout plus cadrer. On me faisait déjà ce reproche à Guingamp.» Il trouvera parmi ses partenaires quelques experts, maîtres artificiers, pour l’y aider. Et pourquoi pas atteindre un jour le niveau de Yaya Touré qui force son admiration à son poste.

Un joueur de foot cesse de l’être le jour où il ne joue plus. Si je pouvais, je jouerais même avec les U19 !

Giannelli Imbula n’est homme à  faire des calculs ou brûler les étapes. Tout vient à point à qui sait attendre, mais surtout à qui travaille dur pour y parvenir. «Mon objectif est de jouer, d’être sur le terrain et faire en sorte d’aider l’équipe à gagner.» Un esprit de combattant, un mental de guerrier, une envie débordante de fouler les pelouses l’ont poussé récemment à demander à jouer avec l ‘équipe réserve de l’OM en CFA2. «Pour moi, l’essentiel est de jouer. Un joueur de foot cesse de l’être le jour où il ne joue plus. Peu importe le niveau, je dois jouer. CFA2, DH, DHR, si je pouvais, je jouerais même avec les U19 !»

Intrigant, mystérieux, Giannelli Imbula est à l’état brut. Il possède un caractère bien trempé. Un tempérament forgé durant sa jeunesse passée en banlieue. Il renferme le feu sous la glace. Toutefois, la glace craquelle peu à peu à l’évocation de son socle familial et notamment de son père dont il est très proche. «Il joue le rôle de père, mais aussi de grand frère, d’ami. Il me conseille énormément, même si les choix me reviennent toujours. On échange beaucoup, notamment sur le foot. Il vient voir tous mes matches à domicile, on les débriefe ensemble.»
Le petit a grandi, a pris son envol, mais n’en reste pas moins la gloire de son père.