Sampdoria-OM : la belle histoire des Ultras

02 aoû 2013 Par 
Propos recueillis par Patrick Bossy
Photos © 
Depuis plus de 25 ans, les groupes ultras de la Sampdoria et de l’OM entretiennent une belle amitié. La rencontre amicale de samedi a pour eux une signification toute particulière.

Ici, des fanions. Là, des maillots, des t-shirts commémoratifs, des billets de matches, des écharpes. Le local des Ultras Marseille a des allures de musée. Autant de trophées et souvenirs racontent la légende du plus ancien groupe de France. Le  jumelage avec les Ultras Tito de la Sampdoria y occupe une belle place. Celle d’une belle amitié nouée il y a plus de vingt-cinq ans. Depuis, des drapeaux «blucerchiati» flottent régulièrement au Vélodrome. Et il est tout aussi fréquent que les couleurs marseillaises s’affichent à Luigi-Ferraris.
Deux des responsables du CU’84, Christophe Bourguignon et Christine Valette, ont partagé avec OM.net génèse et anecdotes d’un lien indéfectible.

Comment ce jumelage est-il né ?
Christine Valette : «Le 4 janvier 1987, les responsables de la génération à l’origine des Ultras Marseille se sont retrouvés à Gênes pour un Sampdoria-Roma. Après avoir assisté à plusieurs matches en Italie (Rome, Turin,…) pour s’inspirer du mouvement ultra, ils ont eu envie d’aller voir ce club et ces supporters qui avaient plutôt une très bonne réputation. Les ‘Ultras Tito’ sont nés en 1969 ("Tito" était le surnom d'un joueur argentin de la Samp', Ernesto Cucchiaroni), c’est l’un des tout premier groupe ultra en Italie, ils ont quasiment 20 ans d’avance sur nous.»
Christophe Bourguignon : «Enzo, le leader des Ultras Tito, parlait bien français. Cela a facilité la discussion entre eux.»

Le début d’une belle histoire…
C.V. : «Après,  on y a pris goût. Gênes, c’est à côté (400 km). On y allait de plus en plus régulièrement entre la fin des années 80 et le début des années 90. En 93, on a commencé à organiser des déplacements en cars. A cette période, on a posé pour la première fois la bâche du CU'84 dans leur tribune, à l’occasion d’un Sampdoria-Milan AC, quelques jours après la finale de Munich.»

Que vous ont-ils appris ?
C.V. : «Ce groupe nous a donné des bases dans l’animation de la tribune, notamment le fait d’agiter les drapeaux pendant 90 minutes. Ça fait vivre un stade. On s’est également inspiré de beaucoup de chants. Chaque match dans leur tribune est vécu comme celui qu’il ne faut pas perdre. Lorsqu’ils s’inclinent, c'est vécu comme une soirée de deuil au local…»

Votre relation a rapidement dépassé le cadre du stade…
C.V. : «A force d’y aller, on a créé des affinités. On s’y rendait presque tous les week-ends. Nous avons même été abonnés 2 ans à la Sampdoria !»
C.B. : «Des gens allaient à Gênes pour les vacances, même quand il n’y avait pas de match. Ils voyaient des amis, ils étaient invités chez eux...»

Comment faisiez-vous pour concilier les déplacements en France pour soutenir l’OM et ces voyages en Italie ?
C.B. : «Les matches là-bas, c’était le dimanche à 15 heures. Donc, quand on rentrait à Marseille d’un déplacement style Metz ou Nancy vers 7 heures du matin, on prenait juste le temps de déposer le matériel et on montait dans la voiture direction Gênes. On l’a fait des centaines de fois !»

Avez-vous un souvenir plus marquant qu’un autre de ces déplacements ?
C.B. : «On rentrait de Caen et on allait voir le derby contre le Genoa. On ne les avait pas prévenus de notre visite. On arrive à Gênes juste avant le coup d’envoi. Quand ils ont su qu’on était dehors sans tickets, une centaine de mecs est descendue et nous a ouvert les grilles… Ça, c’est un geste énorme.»
C.V. : «Un supporter de la Sampdoria en déplacement à Marseille doit être reçu comme s’il était chez lui. Ça nous tient à cœur. S’ils n’ont pas de places, on leur laisse les nôtres et on reste dehors. Notre amitié est celle-ci. Ils feront la même chose pour nous, on en met nos deux mains à couper.»

Cette amitié a été prolongée aussi sur le terrain…
C.V. : «Il y a eu deux matches de l’amitié. Ils nous ont d’abord invités à la fin de la saison 1999/2000 pour un match entre supporters des deux groupes, puis on les a reçus à notre tour en février 2001 au stade Delors pour une deuxième rencontre amicale, le jour d’un OM-Auxerre. Ensuite, on a fait un grand repas au bar Michelet près du Vélodrome. Ils étaient une centaine, comme nous.»

Comment gardez-vous le contact ?
C.V. : «Aujourd’hui,  c’est un peu plus difficile de se rendre à Gênes régulièrement à cause de la programmation des matchs de l’OM le dimanche. On essaye d’être présents à chaque anniversaire de leur groupe et vice-versa. Ils étaient même avec nous le 26 mai dernier pour les 20 ans de Munich. Pourtant, ils avaient perdu en finale de la C1 en 1992 contre Barcelone.
«Cette amitié a commencé en 1987. Nous sommes en 2013 et nous avons toujours l’impression d’être au début de notre histoire. C'est fantastique. Ils ont été très présents dans les moments difficiles, notamment durant l’affaire Santos. Ils sont un peu loin, mais il y a toujours un message, un mail, un coup de téléphone pour nous témoigner leur soutien.»

La tenue de ce match amical Sampdoria-OM est un beau clin d’oeil…
C.V. : «Quand  nous avons été informés de sa programmation, nous avons eu des étoiles dans les yeux. A Gênes, ils étaient aussi étonnés et super contents. Ils nous réservent un bel accueil, avant et après le match. Même si on ne sait pas exactement ce qu’ils ont organisé. De notre côté, on a aussi  prévu des surprises. On aimerait vraiment un moment de fête, de partage, et le début de quelque chose de plus fort encore entre les deux groupes.»

Samedi soir, les joueurs olympiens porteront un tee-shirt à l’échauffement fabriqué spécialement par les Ultras Marseille (photo ci-dessus).