Abdullah, une marche après l’autre

03 sep 2012 Par 
Cédric Torrès
Photos © 
Y. Parienti 2012
Rafidine Abdullah a participé à trois matches officiels avec les pros en ce début de saison : entré en jeu à Reims et Montpellier, et titularisé face au Sheriff à Tiraspol. Retour sur le parcours de ce jeune qui monte.

Né le 15 janvier 1994 dans la cité phocéenne, Rafidine Abdullah a fait ses classes dans le centre de formation de l'OM, au sein de la « promotion 94 » (Fabri, Aloé, Azouni, Bangoura, Jobello…). Lancé dans le grand bain par Elie Baup, le jeune international U19 sait que l’on parle beaucoup de lui mais insiste pour rester « simple » sur le terrain, dans son jeu comme en-dehors : « Qu’on parle de moi, ça me gêne, même si en même temps j’en suis content, concède-t-il. Quand tu es jeune et qu’on parle beaucoup de toi, ça fait plaisir. Mais d’un autre côté, je ne trouve pas ça trop bon parce qu’on va trop attendre de moi et si je déçois d’entrée, ça craint ».
Il y a quelques années encore, il allait voir les matches de la tribune Ganay au Vélodrome. Il se souvient notamment de la demi-finale retour contre Newcastle « à l’époque où il y avait Didier Drogba », lors de l’épopée olympienne en coupe Uefa. Contre le Sheriff en barrages de coupe Uefa, il a eu l’honneur et la joie de faire ses grands débuts en tant que titulaire au stade Vélodrome. « Jouer au Vélodrome, j’en rêvais, mais de là à vraiment l’imaginer, non, jamais », confesse-t-il. En tout cas, le fait qu’il porte le numéro 13 n’est pas délibéré de sa part : « Je n’ai pas fait exprès, c’est le numéro qui restait en fait… »
Débutant le football à « cinq ans et demi » à Plan-de-Cuques, Rafidine Abdullah est pourtant un Marseillais pur jus, qui a rejoint la formation olympienne dès ses 13 ans. « En benjamins première année », dit-il avec l’accent. D’abord libéro, puis stoppeur, il passe au milieu cette année-là : « Dès que je suis arrivé à l’OM, la première année en DHR, j’étais milieu droit. Puis à la fin de l’année Monsieur Rodriguez m’a placé en 6 et depuis j’y suis resté ».
De cette époque, il ne retient « que des bons souvenirs » et tient à remercier tous ceux qui ont permis au club qu’il gravisse un à un les échelons, « parce qu’avec moi ça n’a pas été beau tous les jours ». En effet, le caractère du jeune homme est bien trempé même s'il admet humblement : « pas bien trempé, mais un bon petit caractère quand même… »
Toutefois, bien entouré, il explique ce qui lui a permis d’atteindre son niveau actuel : « Je me suis remis en question. Au tout début sur le terrain, j’étais trop nonchalant. Mais au fur et à mesure, à force de me le redire et me le redire, mes coaches m’ont donné envie de me remettre en question, et j’essaie de montrer sur le terrain que je peux faire mieux, être plus agressif ».

Rien n’est encore arrivé

Lors du match à Tiraspol (sa première titularisation), il a en tout cas répondu à la question de savoir s’il saurait gérer la pression et jouer « comme il sait le faire » : en devenant le plus gros passeur de la saison dans un match, avec 121 passes tentées pour 117 réussies, il mit tout le monde d’accord. Or pour lui, cette statistique « fait plaisir, mais je ne peux pas me contenter de ça. J’ai surtout essayé de jouer simple, sans en faire trop. Mais je sais que je peux faire plus, donc je ne peux pas être satisfait ».
Le jeune homme préfèrerait plutôt cette saison « essayer d’avoir du temps de jeu et surtout progresser aux entraînements, apprendre ce que vont nous dire les coaches et vraiment bosser. Je ne me suis pas fixé d’autre objectif. Vraiment, déjà rester dans le groupe pro et participer aux entraînements. Après, le reste, on verra… »
Pour Benoît Cheyrou, cela ne fait aucun doute : « Abdullah voit avant les autres. Il est très sobre. Il joue simple, et il est efficace dans la récupération. C’est un très bon joueur, qui a un super état d’esprit. Il est à l’écoute de tous les conseils », nous avait confié le vice-capitaine olympien. Rafidine Abdullah ne cache pas son plaisir de recevoir les encouragements de son aîné : « Entendre ça me fait plaisir, surtout venant d’un joueur comme lui, qui a prouvé, qui a beaucoup de matches en Ligue 1, qui est titulaire et qui mérite même d’être un international français ».
Mais avant tout, ces mots le « motivent à montrer encore plus » de quoi il est capable, pour prouver au coach Elie Baup (qui lui avait reconnu un « fort potentiel » dès cet été) « qu’il n’a pas tort ».

En attendant, lui préfère ne pas tirer de plan sur la comète, et se concentrer sur son travail : « Rien n’est encore arrivé, alors je préfère garder les pieds sur terre et je fais les choses au mieux pour progresser ». En toute simplicité.