Lorient, premières !

30 nov 2014
Par 
Thierry Agnello
Photos © 
OM.net 2014
Au printemps 96, l’OM est en déplacement au Moustoir pour la première fois de son histoire. Première rencontre, première victoire olympienne.

C’est en champion de France de National que Lorient retrouvait en 1995 la Division 2. La SuperDivision 2 en fait, puisqu’elle comptait exceptionnellement 22 clubs. Dont l’OM. A l’été 1995 donc, le FC Lorient, qui faisait le yoyo entre la D3 notamment et la D2, depuis sa création dans les 20, changeait d’orientation. Il obtenait à nouveau le statut pro sous la bannière d’une société anonyme financée à l’origine  par seize actionnaires locaux. Le FC Lorient débutait donc le championnat de SD2 d’une ère nouvelle certes, mais avec le plus petit budget du championnat. Le club du Morbihan parvenait tant bien que mal à tirer son épingle du jeu sans trop de dommages grâce à une philosophie de jeu plutôt singulière.
Bref. Commençons par le commencement…
Premier voyage lorientais pour les Marseillais (23 mars 1996, 33e journée). Première victoire (0-1). Le décor est planté. Pas de suspense. L’OM, ses vedettes (Cascarino, Bjekovic, Dib, Galtier…) et sa garde expérimentée autour des champions d’Europe Bernard Casoni, Jean-Phi Durand et Manuel Amoros, s’étaient montrés extrêmement réalistes pour s’imposer sur la pelouse (le gazon synthétique a été installé en 2010) d’Yves-Allainmat. La devise des supporters marseillais «On vient, on gagne et on s’en va» prenait en ce sens, toute sa valeur tant le FC Lorient s’était montré entreprenant et dominateur. Mais cela ne suffit pas pour gagner. La preuve.
Pourtant, au match aller, en septembre 1995 (11e journée, 30 septembre, 1-1), les «Merlus» de Christian Gourcuff avaient envoyé un signal fort en réussissant l’exploit de ramener un point du Vélodrome grâce au stoppeur Kerrhuel qui avait répondu à Ludo Asuar. Quand on est capable de venir faire douter l’ogre marseillais dans son vélodrome, certes en travaux pour le Mondial 98, il y a de quoi s’interroger sur les ambitions de cette équipe lorientaise au football curieusement plaisant. En tout cas, Lorient méritait d’être observé avec une attention particulière.
Et ça, Lorient le devait et le doit encore d’ailleurs à un homme. Son entraîneur historique atypique Christian Gourcuff. Lorient, qu’il avait entraîné de 1982 à 1986, lui ressemblait et lui ressemble encore aujourd’hui. Audace, courage, organisation et intelligence. Sur le plan du jeu, Lorient devait son salut au mouvement et à l’offensive.
Et sans l’efficacité cruelle de l’attaque marseillaise incarnée ce jour-là par Marc Libbra (0-1), l’OM aurait pu finir déplumé : «Nous avions été glacés par le réalisme olympien», se souvient Christophe Le Roux qui jouait milieu de terrain à l’époque. Car Lorient avait fait un super match : «Le 4-4-2 de Christian (Gourcuff) était déjà bien en place, mais on jouait avec un milieu en losange avec l’objectif d’avoir la possession, malheureusement, nous avons certainement pêché par naïveté et manque d’expérience», rappelle encore Le Roux, chargé désormais du recrutement dans le club breton.
Au-delà du match, recevoir l’OM au Moustoir était un véritable événement : «C’est clair, répond Le Roux. Dans la semaine, on ne parlait que de ça et notamment de Cascarino (Tony). C’était la première grande affiche et la première grande équipe à venir jouer un match officiel au Moustoir qui était plein d’ailleurs (11 000 spectateurs).»
Notre témoin, auteur d’une superbe saison en SD2, après avoir été très bon en National l’année d’avant, était d’ailleurs transféré au FC Nantes en fin d’exercice : «Cette saison-là, c’était une succession de premières; effectivement, je suis le premier transfert de l’histoire du FC Lorient», rie-t-il encore aujourd’hui.
Pour l’anecdote, l’OM terminait la saison 2e (derrière Caen, 1er), synonyme d’accession et Lorient, avec 58 points achevait sa première saison en Ligue 2, à la 12e place.