La belle histoire de Florian Tardieu

20 avr 2016
Par 
Romain Ferrat
Photos © 
fcsochaux.fr 2016
Ce mercredi, la demi-finale de Coupe de France entre Sochaux et l’OM est l’occasion pour Florian Tardieu d’affronter son club de cœur. Pour OM.net, il raconte son parcours atypique, lui l’ancien peintre en bâtiment devenu milieu de terrain des Lionceaux. Il étale aussi sa passion pour l’Olympique de Marseille. Portrait.

«Que les choses soient claires, je suis avant tout un joueur de Sochaux et je ferai tout pour éliminer l’OM pour aller en finale. Cela ne m’empêche pas d’être supporter du club le reste de l’année, mais, sur ce match, je suis obligé de tout donner pour mon équipe. Je veux montrer mes qualités et aider Sochaux à aller au Stade de France.»
Les mots sont prononcés avec une voix affirmée. Pour Florian Tardieu, ils sont une évidence. Conscient qu’une demi-finale de Coupe de France ne se joue pas souvent dans une carrière, il ne compte pas laisser passer sa chance. Il se souvient ainsi de la soirée du 12 mai 2007. Triste soirée pour l’OM. Triste soirée pour lui. Sochaux soulève la Coupe de France dans le ciel de Saint-Denis, après un succès aux tirs au but. «Jamais à cette époque je n’aurais imaginé la suite de l‘histoire. J’étais triste, on venait de perdre contre Sochaux ! Si ce soir le scénario peut être le même je pleurerais cette fois-ci, mais de joie (rires). En être ici est déjà pour moi exceptionnel». Lucide, Florian sait combien son parcours ne ressemble à aucun autre footballeur traditionnel. Il tire beaucoup d’enseignements de son vécu.

«Quand à 18 ans, tu joues en pré-excellence…»

«J’ai toujours joué au FC Istres, un club qui a connu la Ligue 1 et la Ligue 2 quand j’y évoluais.  En -18, l’équivalent maintenant de la catégorie U19, je jouais en pré-excellence. Quand à 18 ans, on évolue à ce niveau, il est très dur de penser à une carrière professionnelle. J’étais un peu perdu, je ne me voyais pas faire autre chose que du football, j’étais peintre en bâtiment car il fallait bien gagner ma vie mais ça ne me plaisait pas vraiment (rires). A la fin de la saison, l’encadrement de la réserve et le staff de la Ligue 2 choisissaient les jeunes pour incorporer ces équipes. Il y avait tout le groupe évoluant en -18 ans DH et les potentielles recrues. Bref, il y avait peu de places pour les joueurs comme moi. Je pensais vraiment que le football était fini pour moi et que je m’imaginais jouer pour le plaisir avec mes amis. J’ai finalement été conservé. A ce moment-là, je me suis dit : «Flo, c’est maintenant ou jamais, donne-toi les moyens de réussir.»
«A la fin de la saison de la saison 2011-12, j’ai fait une apparition dans le groupe de Ligue 2. L’année suivante, j’ai effectué les stages de reprise avec l’équipe entrainée par José Pasqualetti. Le coach m’a accordé sa confiance et j’ai essayé de lui rendre du mieux possible sur le terrain. J’ai joué 60 matches de Ligue 2 entre les saisons 2012-13 et 2013-14 avec Istres. A cette période, j’ai eu des contacts avec des clubs anglais mais les négociations ne se sont pas déroulées comme prévu. Sochaux s’est intéressé à moi en toute fin de mercato. Le discours des dirigeants m’a séduit. J’ai rejoint le Doubs en sachant qu’une nouvelle vie commençait : je n’étais jamais parti de chez mes parents et de mon club d’Istres.»
L’évolution de sa carrière n’empêche pas Florian de rester un supporter très impliqué dans la vie de son club de cœur, l’Olympique de Marseille. Il était inconcevable pour lui de rater un match à domicile : «Moi, mon groupe de supporters c’est les South Winners. Même quand je jouais à Istres en Ligue 2, je venais assister à tous les matches avec mon frère ou mes amis. J’effectuais même les déplacements quand c’était compatible avec mon planning à Istres. Je suis fou de ce club, vraiment. Je me souviens lors de chaque tirage au sort que ça soit pour les huitièmes de finale ou les quarts de finale, je n’avais qu’une envie : tirer l’OM !

« Les Winners veulent que j’aille les voir, quel que soit le résultat… »

«Je me souviens lors du tirage au sort des quarts de finale, personne ne voulait affronter l’OM. Nous étions à l’hôtel  et tous les joueurs voulaient absolument Granville, j’étais le seul à être pour un match face aux Olympiens. Quand Monaco a été tiré, nous étions tous très sceptiques.
«Mais notre parcours en Coupe de France nous a construits. Nous avons sorti deux clubs de Ligue 1 avant Monaco : Bastia et Nantes. Quand nous avons réussi l’exploit de gagner face à l’ASM pour enfin hériter de l’OM,  j’étais le plus heureux ! Jouer face à des joueurs que je supporte et encourage, c’est spécial. Je suis très excité à l’idée d’être face à eux. »

Lancé, heureux de partager ses émotions, Florian raconte les minutes suivant le tirage au sort.
«Je me souviens, j’ai immédiatement appelé ma famille, tout le monde était en folie à l’idée de me voir jouer contre l’OM. Dans la foulée, un membre des South Winners m’a envoyé un message pour me dire qu’ils seraient tous là et qu’ils voulaient que je porte un t-shirt des Winners en dessous de mon maillot et que j’aille les voir quel que soit le résultat dans les tribunes (rires).»

«J’ai acheté 30 places pour ma famille et mes amis»

Une fois l’effervescence du tirage au sort retombée, Florian revient vite à son quotidien et prépare son match sans oublier de suivre l’OM : «C’est un objectif de remporter cette compétition maintenant que nous sommes en demi-finale, c’est sûr ! Même si le maintien n’est pas assuré en Ligue 2 nous restons sur 6 matches sans défaite. J’étais suspendu pour le match face à Brest, j’ai donc pu me concentrer personnellement depuis un moment sur cette rencontre.
«J’ai acheté 30 places pour mes amis et ma famille. Au début, mon frère voulait monter avec les supporters de l’OM, faire le déplacement avec les South Winners
(rires). Je lui ai dit que je m’occupais de tout ça, mais que lui me prenne une place pour OM-Bordeaux en contrepartie !»
Malgré son attachement pour le club olympien, Florian tranche nettement quand on lui demande s’il préfère aller en finale et s’incliner ou voir l’OM remporter sa 11e coupe de France : «Je préfère aller en finale et tout faire pour la remporter quand même ! Mais si on doit s’incliner ce soir je serai évidemment supporter de l’OM et pourquoi pas présent au Stade de France pour chanter et encourager les joueurs qui m’auront éliminé.»

Portrait