Didier Deschamps | La victoire dans la peau

lun 16 juil à 16:10
Par 
OM.net
Photos © 
FFF
Capitaine des Bleus en 98, Didier Deschamps a guidé les Bleus 2018 au sacre suprême. Si tout a commencé à Bayonne et à Nantes, c’est à Marseille que le sélectionneur s’est construit.
Il y avait le 12 juillet 1998, il y aura désormais le 15 juillet 2018.

Un homme est le trait d’union entre ces deux décennies et symbolise ces triomphes, Didier Deschamps. Il y a 20 ans, honoré du brassard de capitaine, il soulevait le trophée mondial. Vingt ans plus tard, il savoure discrètement quand Hugo Lloris tend cette Coupe Jules-Rimet vers le ciel orageux de Moscou.

Si le sélectionneur répète sans cesse que «la victoire d’un match appartient aux joueurs», son influence et son ascendant méritent tout autant d’être exprimés.
Ce couronnement est le résultat d’une vie de décisions, de choix, de sacrifices. Contrairement aux commentaires récurrents qui consisteraient à transformer ce dévouement, cette abnégation de la quête extrême en «baraka», la réalité n’est pas si «chanceuse». Didier Deschamps n’est pas né sous une bonne étoile. Il s’est donné les moyens d’aller les (étoiles) chercher.

Lui aussi, comme tout un chacun, a traversé des périodes difficiles dans sa vie.

A connu des coups durs. Personnels et professionnels. Comme la tragique disparition de son frère dans un accident d’avion en 1987 : «On vit avec. On vit sans, surtout… Ça fait partie des drames, des coups durs de la vie. Mais on n’oublie pas, ça reste marqué à vie» avait-il confié à Michel Denisot il y a quelques temps.  

Attentif au moindre détail, Didier Deschamps gère -gouverne plutôt- son affaire avec la précision méticuleuse d’un horloger suisse. C’était le cas lorsqu’il était joueur quand son quotidien monacal était entièrement dicté par le football. Elevé au «beau jeu» inculqué par Jean-Claude Suaudeau à Nantes, il s’imprègne d’une mentalité différente, plus combattante, en arrivant à Marseille en 1989. Ici, il connaît le meilleur mais aussi le plus mauvais quand l’OM de Papin, Mozer, Waddle, Tigana et… Deschamps est éliminé en demi-finale de la Coupe d’Europe des Clubs Champions par la «main de Vata» à Lisbonne puis, lorsque le Sparta Prague vient barrer la route de la Champions League à l’OM, à l’automne 1991.

Prêté à Bordeaux (1990/91), il revient à Marseille plus mûr.

Un peu plus sûr de lui. Une maturité qu’il met à contribution pour s’opposer à Bernard Tapie qui ne compte pas sur lui et prévoit de le transférer (été 1991). Didier Deschamps veut rester à l’OM et s’y imposer. C’est ce qu’il parvient à faire, poussant les milieux de terrain Franck Sauzée ou Jean-Philippe Durand sur le banc de touche.

Un an plus tard, il récupère le brassard de capitaine quelques semaines après le début de la saison. Le «jeu à la nantaise» a laissé la place à un football plus pragmatique, plus conquérant, plus efficace.
Le 26 mai 1993, dans la chaleur munichoise, c’est lui qui est chargé de lever la «Coupe aux grandes oreilles». Son premier grand trophée. S’en suivent entre autres, une nouvelle Ligue des Champions et deux finales (1996, 1997 et 1998) avec la Juventus, le Mondial (1998) et l’Euro (2000) avec les Bleus.

Sur les bancs de Monaco, de la Juventus et l’OM et désormais des Bleus, Didier Deschamps applique les mêmes recettes. Celles du succès. Pourtant, son parcours est également marqué par des moments douloureux. Mais l’intérêt supérieur du collectif, de l’équipe, guide ses décisions. Des arbitrages qui ont, souvent à tort, animé, voire entretenu la chronique bien malgré lui. Et considérer que Didier Deschamps pourrait faire des choix dans un but personnel ou pour flatter son égo, est totalement stupide.

Quand il s’agit de l’intérêt supérieur de son équipe, DD est prêt à beaucoup, pour ne pas dire à tout.

Comme lorsqu’il s’agit du sujet polémique «Benzema» que Deschamps a maintenu dans son groupe à son arrivée à la tête des Bleus (2012) avant de ne plus le convoquer. Contrairement par exemple à André-Pierre Gignac que Deschamps convoque pour l’Euro 2016, alors que les deux hommes s’étaient sérieusement accrochés lors de la saison 2011-12 après un match de Ligue des Champions (Olympiakos) pour lequel, Deschamps entraîneur de l’OM n’avait pas titularisé l’attaquant olympien désormais au Mexique. Remplaçant à Crystal Palace, Steve Mandanda n’a plus été appelé avant d’être convoqué à nouveau après son retour dans le but de l’OM.

Il lui est reproché aussi un côté «conservateur» or, s’il a toujours expliqué que l’expérience est un argument majeur, il n’a jamais hésité à donner leur chance à des jeunes comme Evra, Squillaci ou Givet à Monaco et Varane, Pogba, Martial, Coman, Dembelé, Hernandez, Pavard, Kimpembé ou Mbappé chez les Bleus dès lors que leur capacité peut être bénéfique au collectif.

Disciple de Suaudeau, inspiré par Aimé Jacquet et influencé sur plan technique par Marcelo Lippi, Didier Deschamps symbolise parfaitement une citation de Pelé : «Celui qui pense que la victoire ne compte pas ne gagnera jamais rien». Car pour lui, seule la victoire compte.

Coupe du Monde