Didier Drogba : « C’était un truc de fou »

jeu 22 nov à 16:30
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A 40 ans et après 20 ans d’une riche carrière professionnelle débutée en 1998 au Mans, l’attaquant ivoirien arrête et va se tourner vers d’autres projets. Il revient sur son unique saison olympienne (2003/04) qui l’a marqué à vie. Souvenirs.

Depuis Londres, où il savoure ses premiers jours de jeune retraité du football professionnel, Didier Drogba a accepté de répondre à nos questions par téléphone. La voix est douce, le ton est posé.

Mais quand il s’agit de l’OM, le témoignage coloré d’émotions est authentique et poignant. De son étincelant passage ici, à l’OM, Il se souvient du moindre détail.

 

Didier, ça y est ? Cette fois-ci c’est terminé ?

J’ai commencé en 1998 au Mans. Cela fait 20 ans de carrière. J’ai 40 ans, il est temps d’arrêter. Je sors d’une expérience extraordinaire avec Phoenix, une équipe composée de joueurs très jeunes avec lesquels j’ai beaucoup partagés et énormément transmis. Aujourd’hui, qu’est-ce que je pourrais apporter de plus sur un terrain ? J’ai des projets qui m’attendent, j’ai aussi des responsabilités à Phoenix notamment mais aussi en Côte d’Ivoire ou encore avec ma fondation.

 

Durant ces 20 ans de professionnalisme, tu as joué une saison (2003/04) à l’OM. Qu’est-ce que tu peux nous dire aujourd’hui…

Ah ! L’OM ! C’est une étape tellement importante pour moi dans ma carrière sur le plan émotionnel. Imagine, tu signes dans le club que tu aimes depuis que tu es gosse. Je réalisais un rêve. D’ailleurs, mon début de saison est un peu compliqué ; lors des premiers matchs au bout de cinquante minutes jeu environ, j’étais asphyxié. Je ne parvenais pas à terminer les rencontres, c’était l’émotion, ça bouillonnait trop dans ma tête.

 

Des moments marquants sont encore dans ta mémoire ?

Immédiatement, je pense à mon premier match. Le tout premier. J’ai encore les images en tête. C’était en amical pendant la préparation estivale. C’était contre Bordeaux. C’était inouï. Le petit stade était plein (23 juillet 2003, Stade Armandie à Agen, 10 000 spectateurs). Ce jour-là, je découvrais combien l’OM est le club le plus important en France, avec un tel impact. Je joue quarante-cinq minutes et je marque je crois (2-2, avec deux buts de Drogba et Bakayoko).

Je peux aussi parler de mon tout premier but à l’Orange Vélodrome, c’était contre Sochaux (4e journée, 23 août 2003, 2-0). Une reprise de volée du pied gauche sur un centre de Johnny Ecker (34e). J’attendais ça depuis quelques temps, J’étais submergé par l’effervescence.

 

Cette saison 2003/04 offre des matchs d’anthologie avec une équipe qui n’était pas forcément favorite…

On tatonne un peu en début de saison. Je me souviens que le coach Perrin juste avant de recevoir Nice chez nous (8e journée, 27 septembre 2003), nous met devant nos responsabilités. Alain (Perrin) lâche la bride et nous laisse nous prendre en mains. Ce soir-là, les cadres du vestiaires que sont Christanval, Fabio (Celestini), Brahim (Hemdani), Daniel Van Buyten ou encore Vedran Runje me confient d’une certaine manière la charge de l’équipe. Je mets un doublé alors que nous sommes menés (1-0 but de Laslandes) et nous gagnons 2-1. C’est un match déclic pour moi. Je lance ma saison véritablement avec cette rencontre.

Il y a aussi ce match de Ligue des Champions contre Partizan Belgrade (1er octobre 2003, 2e journée, 3-0). Je mets un triplé ce soir-là. Je n’en ai pas mis beaucoup en Ligue des Champions dans ma longue carrière, il y a celui-là et un autre avec Chelsea (27 septembre 2006, à Levski Sofia, 1-3). J’ai pris conscience à ce moment-là de ce que j’étais capable de faire sur la scène européenne. Je réalise tout mon potentiel mais surtout, je découvre réellement que je suis fait pour Marseille.

 

Tu ne cites pas ce match comptant la demi-finale de l’UEFA Cup face à Newcastle ?

J’allais y venir. Ce match, c’est un truc de fou (6 mai 2004). C’est inexplicable. Le stade était « grave » à bloc (58 897 spectateurs) ; ça chantait, ça hurlait, ça sautait dans les tribunes. Dès l’échauffement c’était surréaliste. Irréel. Tu essaies de te concentrer, de dire à tes équipiers : « Les gars, concentrés ! Appliqués ! » mais tu es transporté par cette ambiance de malade ! Nous étions débordés par l’atmosphère. Personnellement, j’étais transcendé. Quand c’est comme ça, je tente tout et n’importe quoi. Plus c’est chaud, plus je suis chaud. Je marque deux buts (2-0) et on va en finale. Je le redis, ce match, c’était vraiment n’importe quoi !

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